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Tenir compte de l’équité dans les systèmes de santé publique et de santé : un exemple du Nord-Ouest de l’Ontario

- le 19 décembre 2019

Kakabeka Falls, district de Thunder Bay, Ontario

L’auteure Brianne Wood est épidémiologiste au sein du Réseau local d’intégration des services de santé du Nord-Ouest. Elle présente dans son blogue son point de vue personnel. Elle a consulté pour le rédiger l’épidémiologiste Erica Sawula du Bureau de santé du district de Thunder Bay (site en anglais).

 

Dans le domaine de l’épidémiologie — la science du calcul en santé publique [1] —, nous mesurons les caractéristiques socioéconomiques d’une population donnée, par exemple le revenu, le niveau de scolarité et la situation d’emploi, puis nous en présentons le rapport. Le lien entre ces caractéristiques économiques et l’état de santé est facile à établir. Il est toutefois plus difficile d’en traduire les chiffres en politiques et en pratiques susceptibles d’améliorer le mieux-être d’une population.

Profil des déterminants sociaux de la santé à l’échelle locale : le contexte d’une collectivité rurale et éloignée du Nord de l’Ontario

Le Bureau de santé du district de Thunder Bay donne accès à ses données épidémiologiques à ses partenaires locaux qui peuvent les combiner au portrait [i] des données démographiques et économiques locales, à l’aide de la liste des déterminants sociaux de la santé de l’Agence de la santé publique du Canada. Ce portrait fait ressortir deux grandes différences entre le Bureau de santé du district de Thunder Bay et le reste de la province :

  1. La population couverte par le Bureau de santé doit composer avec des problèmes socioéconomiques différents des populations des autres régions de l’Ontario.
  2. Les différences ont trait à une plus faible espérance de vie (deux ans de moins que la moyenne observée en Ontario) et à un plus grand risque de mourir de causes évitables [2].

Mobiliser les données sur les déterminants sociaux

Erica Sawula (à gauche) et Brianne Wood, épidémiologistes du nord de l'Ontario.

Les rapports donnent un aperçu du contexte de notre région du nord-ouest de l’Ontario – le portrait social, démographique, économique, politique et géographique influe sur notre santé et notre mieux-être général. Les professionnels de la santé publique se fient à ces données sur les populations pour comprendre nos résidants.

Ce genre d’information se révèle particulièrement utile pour établir les priorités en santé publique.

Par exemple, le portrait du Bureau de santé du district de Thunder Bay montre une plus grande prévalence d’insécurité alimentaire que la moyenne dans la province. L’équipe du programme de nutrition du Bureau de santé s’est appuyée sur cette différence pour accorder la priorité à des idées novatrices susceptibles d’améliorer l’accès à des aliments sains dans nos collectivités.

Le projet de glanage du Food Action Network (réseau de groupes d’action pour l’alimentation) permet aux personnes aux prises avec des difficultés socioéconomiques de se rendre dans des fermes de leur localité pour cueillir les fruits et légumes qui seraient autrement laissés sur les champs après la récolte.

Comprendre les collectivités locales à l’aide des données

Au Bureau de santé du district de Thunder Bay, les données sur les déterminants sociaux aident les responsables des programmes à adapter leurs interventions de santé publique aux collectivités locales, en fonction des particularités géographiques ou sociales. Par exemple, en comprenant les groupes de population qui ne se font pas vacciner contre la grippe ou qui sont plus à risque d’hyperalcoolisation rapide, on peut plus facilement déterminer les possibilités de partenariat ou de campagne les mieux adaptées à un groupe de population précis.

Dans le nord-ouest de l’Ontario, nous avons pu modifier notre stratégie concernant, par exemple, les choix de nourriture lors d’activités publiques (p. ex., des mets traditionnels, y compris ceux composés de gibier) ou procéder à des inspections de l’eau dans les régions éloignées (c.-à-d., en y accédant par canot) parce que nous comprenions mieux notre population. Pour en savoir davantage sur les services de santé publique offerts sur les territoires non organisés, cliquez ici (vidéo en anglais).

Nous pouvons aussi utiliser les données sur les déterminants sociaux pour savoir si la participation aux programmes et aux évaluations (comme l’enquête sur l’alimentation des nourrissons dont le rapport paraîtra l’an prochain) à étudier reflète la population en général, en fonction de facteurs comme le revenu, le groupe ethnique et le niveau de scolarité.

Nous mobilisons des connaissances que nous aimerions approfondir encore plus, mais les problèmes d’estimation dans les petites zones font que nous avons de la difficulté à décortiquer ce qui se passe à l’échelle des quartiers. La taille des échantillons est petite, et ce genre d’enquête ne prend pas souvent en compte les peuples ni les collectivités autochtones [3]. Sur le plan de la santé publique, il n’est pas facile pour nous de bien saisir les forces et les faiblesses de nos collectivités dans ces conditions.

Les données sur les déterminants sociaux de la santé orientent la planification du système de santé

Les portraits sociaux de nos populations locales ont rapidement attiré l’attention des membres des tables de planification des soins de santé de notre réseau local d’intégration des services de santé (RLISS du Nord-Ouest), c’est-à-dire le réseau de santé régional chargé de la planification, de l’affectation des fonds et de l’intégration des services de santé locaux pour notre région.

Le RLISS du Nord-Ouest regroupe le Bureau de santé du district de Thunder Bay et le Bureau de santé du Nord-Ouest. Son territoire (plus grand que la Suède!) s’étend sur presque la moitié de la province. L’information sur les déterminants sociaux de la santé, de même que sur le rendement du système de santé, aide les membres des tables de planification à établir les priorités en matière de soins de santé et à y affecter les fonds en conséquence. Par exemple, les membres des tables de planification étudieront comment les programmes informatiques peuvent aider les patients diabétiques des collectivités éloignées ou comment les équipes de soins primaires peuvent venir en aide aux patients aux prises avec des difficultés socioéconomiques et des problèmes de santé.

Enrichir le contenu de nos rapports

L’intérêt de plusieurs secteurs pour nos données sur les déterminants sociaux de la santé confirme le besoin de continuer d’étudier les déterminants sociaux de la santé et l’équité en santé dans nos populations. Les épidémiologistes du RLISS du Nord-Ouest, du Bureau de santé du district de Thunder Bay et du Bureau de santé du Nord-Ouest collaborent en ce moment à la production d’un rapport mixte sur l’équité en santé dans le Nord-Ouest de l’Ontario (qui devrait paraître à l’été 2019).

S’appuyant sur la Stratégie d’équité en matière de santé dans le Nord de l’Ontario élaborée par l’organisme Qualité des services de santé Ontario, le rapport a un double objectif :

  1. Élaborer une définition commune des expressions « équité en santé » et « santé des populations » pour le RLISS du Nord-Ouest, le Bureau de santé du district de Thunder Bay et le Bureau de santé du Nord-Ouest.
  2. Mesurer les relations entre les déterminants sociaux et l’état de santé des populations des sous-régions du RLISS, du Bureau de santé du Nord-Ouest, du Bureau de santé du district de Thunder Bay et du RLISS comme tel.

Ce n’est qu’un point de départ, mais c’est aussi une information essentielle pour décrire le fossé entre les connaissances théoriques et leur mise en pratique [4] en matière d’équité en santé dans le nord-ouest de l’Ontario. La prochaine étape consistera à passer à l’action. À suivre!

 

Note

[i] Passez en revue la dernière version du portrait ici (en anglais). Le bureau de santé publique le plus près du Bureau de santé du district de Thunder Bay, c’est-à-dire le Bureau de santé du Nord-Ouest, en est venu à peu près aux mêmes conclusions dans son rapport à lire ici (en anglais).

Références bibliographique

[1] Galea, Sandro. (1 août 2017). Making epidemiology matter. International Journal of Epidemiology. Vol. 46, no 4, p. 1083 à 1085.

[2] Buajitti, E., S. Chiodo, T. Watson, K. Kornas, C. Bornbaum, D. Henry, et L.C. Rosella. (2018). Ontario atlas of adult mortality, 1992-2015, Version 2.0: Trends in Public Health Units. Toronto (Ont.) : Population Health Analytics Lab, 38 p.

[3] Rotondi, M. A., P. O’Campo, K. O’Brien, M. Firestone, S. H. Wolfe, C. Bourgeois, et J. K. Smylie. (2017). Our Health Counts Toronto: using respondent-driven sampling to unmask census undercounts of an urban indigenous population in Toronto, Canada. BMJ open. Vol. 7, no 12, p. e018936.

[4] Graham, Ian D. Ph. D.; Jo Logan, IA, Ph. D.; Margaret B. Harrison, IA, Ph. D.; Sharon E. Straus, M.D., M. Sc.; Jacqueline M.A. Tetroe; Wenda Caswell, IA, M. Éd.; Nicole Robinson. (Hiver 2006). Lost in knowledge translation: Time for a map? Journal of Continuing Education in the Health Professions. Vol. 26, no 1, p. 13 à 24.

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