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Les outils catalysent-ils l’action pour l’équité en santé?

Écrit parDianne OickleDianne Oickle | - le 27 juin 2017
Dianne Oickle

Dianne Oickle, MSc, BSc

Knowledge Translation Specialist

Dianne is a dietitian with over 15 years’ experience working in public health in Ontario focused on reproductive and child health in a mostly rural setting with many diverse clients. Part of her work involved development of practice guidelines for health professionals, train-the-trainer initiatives, public presentations, educational resource development, working with the media, community coalition and network support, writing for the public and professionals, and program planning, implementation, and evaluation. She has taught university nutrition courses, worked with the provincial network supporting and advocating for dietitians in public health practice, and precepted over 20 dietetics and other students. Dianne earned her BSc in Nutrition and Consumer Studies (now Human Nutrition) at St. Francis Xavier University, and her MSc in Nutrition from the University of Saskatchewan.

doickle@stfx.ca

Dans le cadre de la conférence Santé publique 2017 qui s’est déroulée à Halifax (N.-É.), le Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé (CCNDS) a coanimé le 5 juin une séance préparatoire intitulée Leadership et capacité en matière d’équité en santé : les outils catalysent-ils l’action? Pour organiser cet atelier d’une journée, nous avons travaillé étroitement avec le Centre de collaboration nationale des méthodes et outils (CCNMO), l’équipe du projet de l’Equity Lens in Public Health (ELPH) à l’Université de Victoria et la Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse. Nous voulions étudier en quoi la structure et le leadership de la santé publique peuvent avoir un effet sur l’action menée pour atténuer les iniquités de santé. Nous tenions aussi à comprendre en quoi les outils utilisés peuvent influencer les pratiques en santé publique ou, inversement, en quoi ces pratiques peuvent avoir une incidence sur le type d’outils utilisés.

Plus de 70 personnes de tous les coins du Canada, sauf pour les trois territoires, ont participé à notre atelier. Les deux obstacles mentionnés le plus souvent par les gens présents dans la salle sont la difficulté d’obtenir le soutien nécessaire pour passer à l’action pour lutter contre les entraves à la justice sociale au sein d’un système de santé fondé sur des principes biomédicaux et, advenant l’obtention d’un tel soutien, ne pas trop savoir quelles démarches entreprendre ou quels outils existent pour améliorer l’équité en santé.

Les outils peuvent agir comme catalyseurs et favoriser la conversation au sujet du rôle que peut jouer la santé publique pour parvenir à l’équité en santé. Par exemple, utiliser la métaphore comme outil de communication au sujet des principes d’équité constitue un puissant moyen de cadrer les concepts et de les rendre tangibles pour votre auditoire cible. Sana Shahram, de l’équipe du projet ELPH, a abordé l’importance d’évoquer des valeurs comme la justice sociale dès les premières communications sur l’équité en santé. On est ainsi capable de mobiliser son auditoire avant de parler de solutions, et les parties prenantes sont en mesure de percevoir le rôle qu’elles ont à jouer dans les options de changement. Les métaphores comportant une chaîne explicative (cause du problème, facteurs médiateurs et conséquences) réussissent à attirer l’attention sur le déséquilibre du pouvoir et les ressources qui agissent sur l’état de santé. L’équipe du projet ELPH a dressé une liste de ressources (en anglais), y compris quelques-unes sur les métaphores, qu’il est possible d’utiliser en combinaison avec certaines des ressources présentées dans le document Creating and Using Metaphors publié en anglais par le FrameWorks Institute.

Si les outils peuvent servir à catalyser les grandes conversations sur l’équité en santé, dans quels milieux sont-ils susceptibles de se révéler les plus utiles? Nous avons appris l’importance de considérer la capacité organisationnelle de passer à l’action pour favoriser l’équité en santé si nous voulons que les outils arrivent à provoquer un changement. Giovanna Good, du Bureau de santé publique de Lambton, a expliqué comment les particularités personnelles des praticiens (p. ex., connaissances, valeurs, compétences, motivations, accès aux ressources) se manifestent au sein des structures et des processus organisationnels (p. ex., normes, culture, capacités, politiques, planification, évaluation, rapports organisationnels) qui sont marqués par les mécanismes de gouvernance et de prise de décision du système (p. ex., liens hiérarchiques, partenariats intersectoriels, responsabilité, dotation en ressources). Pour évaluer la capacité à l’interne, il faut y considérer les moteurs du leadership, les systèmes officiels, les systèmes officieux, les liens de responsabilité, les ressources, les partenariats et les mécanismes de gouvernance et de prise de décision. Les facteurs d’influence externes peuvent favoriser ou entraver l’inscription de l’équité en santé dans les priorités des systèmes socioéconomiques et politiques plus larges. Dans une récente étude de cas (en anglais), on explique comment utiliser le cadre d’action du Bureau de santé publique de Lambton pour évaluer la capacité organisationnelle de favoriser l’équité en santé dans le domaine de la santé publique.

Pour qu’un organisme considère sa capacité d’influer positivement sur l’équité en santé, quel que soit le plan sur lequel il peut agir, il doit être prêt et déterminé à changer ses pratiques. Kristin Read, du CCNMO, a porté une attention particulière aux modèles d’évaluation du degré d’ouverture et de résistance au changement des organismes (certains se trouvent dans le Registre des méthodes et outils du CCNMO) et aux facteurs d’influence comme la nature du changement, la source de la poussée (de haut en bas ou de bas en haut), les résultats nets qui peuvent aussi être mesurés et le modèle de structure organisationnelle (hiérarchique ou horizontale). Pour déterminer l’outil qui fonctionnera bien dans un contexte organisationnel précis, il faut prendre en compte ce qui permet et ce qui empêche d’agir pour l’équité en santé et utiliser des outils de mobilisation des connaissances. À cet effet, on a fait état des constatations issues d’un projet de recherche codirigé par le CCNDS. Les obstacles cernés sont le travail en vase clos, le manque de communication, le manque de formation et le manque de soutien des cadres de direction, tandis que les éléments catalyseurs sont l’entretien de liens étroits, le dévouement des membres du personnel à l’égard de l’équité en santé et un soutien indéfectible de la part des cadres de direction. L’accès à des outils de mobilisation des connaissances fait également partie des éléments catalyseurs. On a d’ailleurs souligné l’intérêt de la liste des outils d’équité en santé de l’ELPH. Toutefois, comme l’a mentionné Bernie Pauly, l’un des principaux chercheurs associés au projet ELPH, il faut évaluer le degré de compétences sur les plans individuel et organisationnel tout en effectuant une analyse critique de la qualité de l’outil et du type d’outil nécessaire à une fin précise pour utiliser les outils d’équité en santé de manière adéquate.

La Régie de la santé de la Nouvelle-Écosse constitue un terrain naturel où explorer la manière dont les outils et la capacité organisationnelle interagissent au moment d’instaurer une perspective d’équité en santé au sein de l’organe centralisé qui chapeaute la santé publique dans la province. Carol McKinnon et Catherine Hebb, qui travaillent toutes les deux à la Régie, ont donné quelques indications sur l’intégration de l'équité en santé dans les protocoles de santé publique en Nouvelle-Écosse (en anglais), les défis associés à l’instauration de la perspective d’équité en santé à l’échelle de la province et la création d’une trousse d’outils sur la diversité (en anglais) afin de perfectionner les compétences culturelles utiles au travail en santé publique. En inscrivant les principes d’équité en santé dans les mandats de santé publique, on espère du coup transformer le système de santé dans son ensemble afin d’arriver à réduire les iniquités.

En conclusion, les outils catalysent-ils l’action pour l’équité en santé dans le domaine de la santé publique? Les outils peuvent inciter à l’action au sein d’un organisme ouvert au changement, ayant la capacité d’agir pour l’équité, ayant considéré ce qui empêche et ce qui facilite l’action et motivé par des valeurs de justice sociale. Parfois, le bon outil, une fois évalué de manière critique, peut aider à faciliter certaines tâches ou certains projets. Par contre, c’est la capacité et le leadership organisationnels qui font en sorte que l’application d’un outil donné suscitera un véritable changement dans le domaine de la santé publique.

Que faites-vous pour favoriser la capacité de votre organisme à utiliser efficacement les outils d’équité en santé? Jusqu’à quel point votre organisme est-il capable d’agir dans le sens de l’équité en santé? Faites part aux autres de votre expérience à ce titre! Faites-moi parvenir vos commentaires et vos idées, ou lancez une conversation dans Cliquez pour l’équité en santé.

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