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La sécurité culturelle : vitale à la santé des Autochtones

Écrit parJaime StiefJaime Stief | - le 28 septembre 2018
Jaime Stief

Jaime Stief, BA, MA

Communications Assistant

Jaime Stief is a communications professional based out of Waterloo, Ontario. Her background includes copy editing, writing and project administration in both the private and not-for-profit sectors. Prior to working with the National Collaborating Centres for Public Health, Jaime spent 3.5 years working with various publications in Seoul, Korea, where she edited magazine features, public policy briefs and non-fiction books, and had the opportunity to write articles for the Community section of a local English-language magazine. Academically, her areas of interest are urban sociology, postmodern advertising theory and research methodology. Outside of work, she likes volunteering at food- and cycling-oriented community programs.

jstief@stfx.ca

L’Aînée micmaque Dorene Bernard dirigera une marche qu’elle appelle Water Walk à Antigonish (N.-É.), le 28 octobre 2017.

 

Je passe par ce blogue pour parler de quelques concepts abordés lors d’un webinaire offert récemment par le CCNDS. Il y était question de promotion de la santé autochtone et du lien entre ces concepts et les idées lancées lors d’un atelier sur la sécurité culturelle et les Autochtones dans le cadre de The Ontario Public Health Convention (TOPHC) 2018. Je suis une femme blanche issue du peuple colonisateur. Je vis et je travaille à Waterloo (Ontario), une ville située dans la concession de Haldimand, le territoire traditionnel des peuples attawandaron (Neutres), anishinabé et haudenosaunee.

Dans l’édition 2018 du livre Health Promotion in Canada [1], Charlotte Loppie, Ph. D. (Université de Victoria et membre du conseil consultatif du CCNSA) traite de la diversité des collectivités autochtones du Canada tout en faisant ressortir les déterminants qui, malgré cette diversité, influencent globalement l’état de santé des Autochtones. En décrivant les facteurs que devraient considérer les promoteurs de la santé dans leur démarche pour remédier aux iniquités de santé que subissent les peuples autochtones, Charlotte Loppie fait valoir l’importance de placer la sécurité culturelle  au cœur du processus :

Les professionnels de la promotion de la santé qui ont noué avec des partenaires autochtones des liens fondés sur le respect prennent le temps de se renseigner sur les particularités et les similarités locales, régionales et nationales. [...] Il faut absolument que les professionnels de la santé et les responsables de l’élaboration des politiques apprennent à bien saisir les répercussions des intrusions politiques actuelles et passées dans le façonnement des iniquités sociales de même que les besoins des collectivités autochtones en matière de promotion de la santé. Autrement, les programmes de promotion de la santé risquent de perpétuer des pratiques irrespectueuses et de refléter une forme d’oppression coloniale [1p186]. [C’est l’auteure qui souligne.] [Traduction libre]

Charlotte Loppie (et ce qui se dégage d’exemples de cas subséquents) insiste dans ses propos sur l’importance de reconnaître que l’héritage de la colonisation européenne a eu et a encore des effets directs et indirects sur les collectivités autochtones. Elle signale en outre que le fait de constater les répercussions du colonialisme sur les iniquités vécues par les Autochtones constitue un pas dans la bonne direction. Cela devrait en effet permettre de ne pas répéter les pratiques dommageables du passé en plus de favoriser le démantèlement des systèmes d’oppression [1p187].

Nouer des liens respectueux

Pour cultiver des liens respectueux avec des partenaires autochtones comme le conseille Charlotte Loppie, il faut y accorder une attention de tous les instants, en réexaminant constamment nos politiques, nos hypothèses et nos résultats. Les travaux de la Dre Loppie sur le sujet se révèlent particulièrement pertinents pour le CCNDS puisque nous nous attachons depuis 2016, comme équipe et organisation, à mieux comprendre comment promouvoir l’équité raciale de l’intérieur. Les appels à l’action lancés en 2015 dans le rapport [3] de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada fixent en outre les normes de travail du CCNDS. Un bon nombre des appels à l’action concernent les déterminants de la santé. Par exemple, dans l’appel à l’action numéro 23 , la Commission demande à tous les ordres de gouvernement « d’offrir une formation en matière de compétences culturelles à tous les professionnels de la santé [3] ». Les organisations comme le CCNDS sont ainsi mises au défi de créer des ressources qui répondent aux besoins des Autochtones en matière de santé.

Le CCNDS a ainsi saisi l’occasion de collaborer avec Charlotte Loppie en organisant avec elle un webinaire intitulé « Promising Practices in Indigenous Community Health Promotion [4] » (écouter l’enregistrement audio – en anglais – ici).

Explication de la sécurité culturelle

Dans le webinaire du 24 juillet 2018, Charlotte Loppie s’est intéressée aux contextes politique et social dans lesquels s’effectuent les activités de promotion de la santé des Autochtones, en expliquant quelques-uns des déterminants sociaux de la santé autochtone. Elle a évoqué la définition donnée par l’Organisation mondiale de la Santé des déterminants sociaux de la santé [5] qui, a-t-elle fait remarquer, met l’accent sur les décisions politiques au sujet des ressources et du pouvoir ou de l’autorité qui façonnent l’iniquité [4]. Cette analyse est primordiale pour ancrer les iniquités sociales dans les limites de structures plus larges. En sont des exemples les répercussions sociales des activités d’élimination des déchets près des collectivités autochtones ou afro-canadiennes [6], ou le mauvais état de santé mentale des personnes racialisées dans les régions où les ressources sociales et économiques se font rares [7].

La Dre Marcia Anderson (Université du Manitoba et Office régional de la santé de Winnipeg) a formulé des observations similaires lors d’un atelier sur la sécurité culturelle autochtone auquel elle a pris part lors de TOPHC 2018, à Toronto [8]. En évoquant les travaux de Camara Phyllis Jones [9], la Dre Anderson a souligné que l’inaction devant l’évidence des besoins fait clairement montre d’un racisme institutionnel qui a des répercussions tant sur les peuples autochtones que sur les autres peuples racialisés. Les commentaires de Charlotte Loppie et de la Dre Anderson jettent la lumière sur les systèmes où on n’accorde aucune priorité aux groupes racialisés et où on ne remet pas en question les conditions concourant à cette marginalisation.

L’héritage du colonialisme est une cause profonde du racisme institutionnel à l’égard des peuples autochtones au Canada (et ailleurs) [10]. C’est pourquoi l’heure est venue de parler de sécurité culturelle des Autochtones. Lors du même atelier où la Dre Anderson a fait une présentation durant TOPHC 2018, les membres de l’équipe du Programme de sécurité culturelle des Autochtones de l’Ontario (PSCAO) ont évoqué [11] le cheminement vers la sécurité culturelle [12], un modèle créé par Cheryl Ward d’après les travaux de Terry Cross [13]. Le modèle donne des exemples à l’aide desquels les professionnels non autochtones peuvent articuler leur degré de compétence culturelle autochtone, depuis la destruction culturelle  jusqu’à la sécurité culturellei. Il importe de souligner que, dans ce modèle, les attitudes et les comportements des professionnels sont un déterminant de la sécurité culturelle des Autochtones. Les professionnels non autochtones – dont certains font eux-mêmes l’objet de racisme institutionnel – doivent effectivement assumer leur part de responsabilité et prendre l’initiative afin que les espaces, les politiques et les cadres de direction soient favorables à la réalité et aux connaissances des Autochtones s’ils veulent promouvoir la santé autochtone. Adopter des pratiques anticolonialistes est particulièrement important pour les Blancs issus de la colonisation, car ce sont eux qui bénéficient le plus du système colonial et du racisme institutionnel en général.

Cheminement vers la sécurité culturelle, selon Cheryl Ward [12], d’après les travaux de Terry Cross [13] et présenté par l’équipe du Programme de sécurité culturelle des Autochtones de l’Ontario (avec sa permission) lors de TOPHC 2018. Le haut de l’échelle du cheminement vers la sécurité culturelle représente un système où les peuples autochtones se sentent à l’aise et accueillent bien les services de santé publique.

Initiatives de non-Autochtones

En ce qui a trait à son expérience de travail avec des praticiens non autochtones souhaitant promouvoir la santé autochtone, Charlotte Loppie a fait les observations suivantes :
Les gens disent souvent « Je veux comprendre les Autochtones parce que je veux faire du bon travail ». Il est tout aussi important de se comprendre soi-même et de comprendre le contexte de ce travail que de comprendre les forces qui ont façonné la santé des peuples autochtones [4].

Son explication fait ressortir l’idée que, pour les praticiens non autochtones, il ne faut pas seulement reconnaître les déterminants de la santé autochtones comme l’emploi, l’écologisation et l’autodétermination [14]. Pour bien comprendre l’interrelation de ces déterminants et de la vision du monde des Autochtones (selon les peuples), les praticiens non autochtones doivent également prendre conscience de leur propre vision du monde, y compris la manière dont la force de leur vision contribue à leur propre sentiment de sécurité culturelle. En saisissant mieux ce qui contribue à la sécurité culturelle non autochtone (c.-à-d., les systèmes qui alimentent notre vision du monde de manière générale), les non-Autochtones comme moi peuvent espérer mieux saisir à quel point il peut être exténuant de naviguer dans un système qui contredit – et qui a activement cherché à éradiquer – la vision du monde des peuples autochtones. Comme l’a expliqué Charlotte Loppie : « Il ne s’agit pas de faire quelque chose pour ou parfois même avec [les peuples autochtones], mais plutôt de leur fournir les ressources [et] le pouvoir, et de travailler au service de la collectivité ».

Applications organisationnelles

La présentation de Charlotte Loppie a été suivie d’une courte séance de Mariette Sutherland [15], la gestionnaire de la mobilisation autochtone à Santé publique Sudbury et districts (SPSD). Mariette Sutherland a donné un exemple de changement organisationnel. Elle a expliqué comment son bureau de santé avait procédé pour mettre en œuvre une stratégie de mobilisation autochtone (voir le diagramme ci-dessous). Le processus encore en cours a débuté en 2016.

Diagrammes tirés de la présentation de Mariette Sutherland lors du webinaire du 24 juillet 2018. [15] Ils montrent le processus suivi par Santé publique Sudbury et districts depuis 2016 pour mettre en œuvre la Stratégie de mobilisation autochtone.

Le processus de SPSD a exigé les mesures suivantes :

  • une motion du conseil d’administration pour « rendre l’engagement officiel »;
  • la mise sur pied d’un comité consultatif externe composé notamment d’Autochtones afin d’assurer un encadrement culturellement approprié et axé sur la collectivité;
  • la possibilité de suivre des cours de perfectionnement professionnel, par exemple des formations sur les constatations de la Commission de vérité et conciliation, l’échange de connaissances avec des personnes ayant participé à ce genre de projets par le passé et un atelier sur les principes et les valeurs de relations respectueuses pour que les participants à un projet puissent trouver un terrain d’entente.

Quant aux leçons tirées jusqu’à maintenant avec ce projet, Mariette Sutherland a parlé de l’importance de l’autodétermination pour les Autochtones, un élément vital à leur sécurité culturelle.

Pleins feux sur la sécurité culturelle

L’accent mis par Charlotte Loppie, la Dre Anderson et le PSCAO sur la sécurité culturelle autochtone trouve écho dans la démarche de l’équipe du San’yas Indigenous Cultural Safety Training Program, un organisme britanno-colombien qui offre de la formation de base au personnel des régies de la santé . Dans la foulée d’un webinaire tenu en anglais en deux parties et intitulé « Racing » the Social Determinants of Health and Health Equity (première partie; deuxième partie), nous sommes enthousiastes à l’idée de collaborer avec l’équipe du San’yas à l’organisation d’un webinaire qui se tiendra prochainement sur le racisme envers les Autochtones et le lien de cause à effet sur l’équité en santé. Nous annoncerons la date du webinaire dans notre bulletin et sur Twitter.

Notes

Selon la description de la Dre Loppie, en citant Wilson et coll. [2] : « La sécurité culturelle réfère aux relations et aux contextes perçus par les peuples autochtones comme étant inoffensifs et non violents [1]. »
[ii] Appel à l’action no 23 : « Nous demandons à tous les ordres de gouvernement : i. de voir à l’accroissement du nombre de professionnels autochtones travaillant dans le domaine des soins de santé; ii. de veiller au maintien en poste des Autochtones qui fournissent des soins de santé dans les collectivités autochtones; iii. d’offrir une formation en matière de compétences culturelles à tous les professionnels de la santé [3]. »
[iii] Dans son texte original, Terry Cross définit la destruction culturelle comme étant « les attitudes, les politiques et les pratiques qui détruisent les cultures et, en bout de piste, les individus issus de cette culture [13p1-2. »
[iv] La présentation de l’équipe du POSPH lors de TOPHC 2018 reposait sur du matériel d’enseignement fourni (avec sa permission) par l’équipe du San’yas Indigenous Cultural Safety Training Program.

Références bibliographiques

[1] Rootman, I., A. Pederson, K. Frohlich et S. Dupéré, dir. (2017). Health promotion in Canada. Fourth edition. Toronto (Ont.) : Canadian Scholars’ Press Inc., 498 p.
[2] Wilson, D., S. Ronde, S. Brascoupé, A. Nicole Apale, L. Barney, B. Guthrie, [...] et S. (2013). Wolfe. Directive clinique de consensus à l’intention des professionnels de la santé œuvre auprès des Inuits, des Métis et des Premières Nations. Journal d’obstétrique et gynécologie du Canada. Vol. 35, no 6, p. 550-553.
[3] Commission de vérité et réconciliation du Canada. (2015). Commission de vérité et réconciliation du Canada : Appels à l’action [Internet]. Winnipeg (Man.) : La Commission [cité le 22 septembre 2018], p. 2. Récupéré de http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/File/2015/Findings/Calls_to_Action_French.pdf
[4] Loppie, C. (24 juillet 2018). Indigenous health promotion. Présentation donnée en visioconférence dans le cadre du webinaire « Promising practices in Indigenous community health promotion ». À récupérer de youtu.be/JT81cH-LDE0.
[5] Organisation mondiale de la Santé. (c2018). Déterminants sociaux de la santé [Internet]. [Endroit inconnu] : OMS [cité le 22 septembre 2018], [1 écran]. À consulter au http://www.who.int/social_determinants/fr/ 
[6] Waldron, I. (25 avril 2018). Environmental racism and the politics of waste [Internet]. Waterloo (Ont.) : Waterloo Global Science Initiative [cité le 22 septembre 2018], vidéo : une heure. À récupérer de http://wgsi.org/video/ingrid-waldron-environmental-racism-politics-waste-generationsdg (en anglais)
[7] Nestel, S. (2012). Colour coded health care: the impact of race and racism on Canadians’ health [Internet]. Toronto (Ont.) : Wellesley Institute [cité le 22 septembre 2018], 30 p. À récupérer de http://www.wellesleyinstitute.com/wp-content/uploads/2012/02/Colour-Coded-Health-Care-Sheryl-Nestel.pdf.
[8] Anderson, M. (21-23 mars 2018). Grounding public health in the colonial context. Atelier présenté lors d’un atelier dans le cadre de The Ontario Public Health Convention, Toronto (Ont.).
[9] Phyllis Jones, Camara. (Août 2000). Levels of racism: a theoretic framework and a gardener’s tale [Internet]. American Journal of Public Health. Vol. 90, no 8, p. 1212. À récupérer de https://ajph.aphapublications.org/doi/pdfplus/10.2105/AJPH.90.8.1212
[10] Reading, C. (2013). Comprendre le racisme [Internet]. Prince George (C.-B.) : Centre de collaboration nationale de la santé autochtone [cité le 22 septembre 2018], 8 p. À récupérer de https://www.ccnsa-nccah.ca/docs/determinants/FS-UnderstandingRacism-Reading-FR.pdf
[11] Ray, R. et D. Wesley. (23 mars 2018). Getting to the roots of tolerance: transformation in public health settings. Atelier présenté lors de The Ontario Public Health Conference, Toronto (Ont.).
[12] Ward, C. (19 février 2015). Cultural safety continuum [figure], [cité le 22 septembre 2018], dans Ward, C. San’yas Indigenous Cultural Safety Training. Beyond good intentions: moving to Indigenous cultural safety. Présentation : Journey to safety: creating a place of belonging. Ottawa (Ont.). À récupérer de http://www.wabano.com/wp-content/uploads/2015/03/Beyond-Good-Intentions-Moving-to-Indigenous-Cultural-Safety-Cheryl-Ward.pdf
[13] Cross, T. (1988). Services to minority populations. Cultural competence continuum. Focal Point. Vol. 3, p. 1-9.
[14] Greenwood, M. et S. de Leeuw. (Août-septembre 2012). Web of being: social determinants and aboriginal people’s health [figure], [date inconnue], [cité le 22 septembre 2018], dans Social determinants of health and the future well-being of Aboriginal children in Canada [Internet]. Paediatrics Child Health. Vol. 17, no 7), p. 381-384. À récupérer de https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3448539/figure/f1-pch17381/?report=objectonly
[15] Sutherland, M. (24 juillet 2018). Promising practices in Indigenous community at Public Health Sudbury and Districts. Présentation en visioconférence lors du webinaire « Promising practices in Indigenous community health promotion ». À récupérer de youtu.be/uYk1xHL8slI.

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Santé autochtone, Compétences culturelles , Racisme - racialisation

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